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29 février 2012
Jean-Christophe Bollache

Tous y étaient, tous en sont, tous iront... Le salon de l’agriculture a ouvert grandes ses portes et nos chers candidats ne manqueraient pour rien au monde ce rendez-vous paradoxalement agricole et pourtant très parisien. De ceux qui y vont à reculons parce qu’’il faut bien en être, aux rares mentors qui s’y meuh (vent) comme une vache dans un pré, en passant par les abonnés (ont-ils droit à un tarif préférentiel ?), peu d’hommes ou de femmes politiques ne semblent pouvoir se résoudre à ne pas emprunter les nombreuses et interminables allées sises Porte de Versailles. La plus grande ferme du monde ainsi dénommée par les journalistes les plus imaginatifs a plutôt des allures de ferme des célébrités...

Certes cet exercice est des plus stimulant pour les exposants et les visiteurs qui voient en « vrai » ceux qu’ils ne regardent habituellement qu’à la télévision (il fait plus petit, ouh là, il a mauvaise mine, ...) ainsi que pour les hommes politiques qui croisent et saluent des « vrais » gens (100% naturel, ils viennent de la campagne !), mais il est tant attendu, que malgré toutes les phrases petites ou grandes, prophétiques ou grossières qui s’y disent, il ne laisse place qu’à peu de surprise. Ainsi chaque parcours est balisé, chaque jour de visite est minuté, évitant toute rencontre inopportune au détour d’un croisement de chemins moquettés qui serait pourtant l’occasion de redécouvrir un peu le jeu démocratique au travers de joutes orales impromptues qui sont en voie de totale extinction : mais que fait donc l’Office Internationale pour la Protection des Espèces ?

Chacun a son mot à dire, sa sentence à énoncer, sa phrase à asséner, glissée la plupart du temps par un conseiller spécial en matière agricole (dis c’est quoi ton métier papa ? Euh je suis conseiller spécial en matière agricole. Non sérieusement papa, c’est quoi ton métier ?) même s’il n’a qu’une vague idée du sujet et s’en tient bien souvent à des généralités de bon aloi (Elle donne combien de lait ? Il mange quelle quantité par jour ?) pour caresser chacun dans le sens du poil de la même manière qu’il le fait quand il hasarde une main incertaine sur la croupe des vaches : il est plus satisfaisant, il est vrai, tant pour l’émetteur que pour le récepteur, de cajoler et de courtiser que de fesser ou d’invectiver, quoi que...

Sans vouloir les opposer l’un à l’autre, car après tout le monde agricole en fait partie, pourrait-on imaginer un tel engouement pour un salon de la culture, une telle frénésie médiatique, un besoin aussi pathétique de reconnaissance ? Certes ce salon n’existe pas, mais il serait intéressant d’imaginer un instant ce que chacun de nos candidats pourrait bien dire aux exposants qu’il y rencontrerait, les généralités n’ayant plus cour, je n’ai pour ma part rien contre la culture de cet ordre, au contraire du directeur d’une célèbre école parisienne.

Parlant avec un musicien, l’un pourrait sans doute déclarer que sa femme joue elle aussi d’un instrument et qu’elle est experte pour en tirer toute la quintessence. Un autre, croisant un peintre lui demanderait certainement si ses pigments sont naturels et ne contiennent pas tel ou tel colorant toxique pour la santé. Un troisième s’enquerrait auprès d’un danseur pour connaître le régime qu’il suit afin de connaître ses secrets pour garder la ligne. Un dernier pourrait s’interroger sur la provenance des matériaux utilisés pour réaliser ses sculptures afin de promettre qu’il mettra tout en œuvre pour que le savoir-faire français soit désormais mis à l’honneur. Enfin il ne manquerait pas celui qui refuserait de croiser les artistes d’origine « douteuse » qui n’ont qu’à exposer chez eux !

On pourrait imaginer que tout serait régit par l’Union Européenne pour donner à l’ensemble plus de moyens et relèverait désormais de la PAC : la Politique Accrue Culturelle. On tournerait des émissions de télé-réalité du genre « l’amour est dans la toile » où des artistes en mal de reconnaissance et d’amour chercheraient à rencontrer l’âme-sœur devant des millions de spectateurs ébahis. Il y aurait bien évidemment des syndicats dont le secrétaire général du plus puissant d’entre eux, la FNSEA (Fédération Nationale Sans Équivalent des Artistes) finirait après un ou deux mandats comme ministre de la culture. On distinguerait les gros artistes, toujours les mêmes, à qui reviendrait l’essentiel des subventions, des autres, le plus grand nombre, les petits, qui tireraient le diable par la queue n’arrivant pas à se nourrir de leur travail (ah bon, ça existe déjà ?). On verrait parfois des manifestations dégénérer avec des hordes d’artistes en colère déversant des tombereaux de glaise ou de gouache, devant les préfectures, redonnant par la même occasion un peu de formes et de couleur à quelques tristes bâtisses austères. Ils seraient la plupart du temps laissés en paix malgré leurs exactions : tout le monde n’a pas la chance d’être ouvrier...

En fait on s’apercevrait rapidement qu’il n’y a pas tant de différences entre agriculture et culture dès lors que les politiques s’en mêlent un peu trop ou feignent de s’y intéresser...

On préfèrera donc ne pas voir naître de salon de la grise culture !

Un billet écrit par Jean-Christophe Bollache, le mercredi 29 février 2012.

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